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Insalubrité urbaine en Côte d’Ivoire : un danger pour la santé publique

Une urbanisation rapide et des déchets mal gérés

Depuis plusieurs années, les villes ivoiriennes connaissent une urbanisation rapide, mais malheureusement les infrastructures de collecte et de traitement des déchets ne suivent pas ce rythme. Ainsi, à Abidjan et dans d’autres agglomérations, l’accumulation de déchets solides et liquides, l’obstruction des caniveaux et l’absence d’assainissement adéquat exposent la population à de graves risques sanitaires. Selon le Rapport National d’Inventaire des Déchets de 2022 publié par la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, la Côte d’Ivoire produit chaque année environ 5,5 millions de tonnes de déchets solides, dont plus de 60 % proviennent des zones urbaines. Cependant, seuls 40 % de ces déchets sont collectés, le reste étant dispersé dans les rues ou les décharges sauvages, créant un environnement favorable à la prolifération de maladies.  Dans la capitale économique, Abidjan, la production annuelle de déchets est estimée entre 1,2 et 1,7 million de tonnes, soit environ 4 000 tonnes par jour, d’après les statistiques de l’Institut National de la Statistique de Côte d’Ivoire (INS, 2023). Cette situation montre l’ampleur du déséquilibre entre la production de déchets et les infrastructures de traitement.

Pollution plastique et blocage des caniveaux

En outre, la pollution plastique constitue un problème majeur. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP, 2023), Abidjan génère chaque jour 280 tonnes de plastiques, dont moins de 10 % sont recyclées. Ces déchets s’accumulent dans les rues, obstruent les caniveaux et parfois les cours d’eau, entraînant la stagnation des eaux et favorisant la prolifération de moustiques, de rats et de mouches, vecteurs de maladies telles que le paludisme, la dengue et la diarrhée. De plus, certaines pratiques alimentaires de rue exposent les populations à des substances toxiques migrantes issues de plastiques, ce qui accroît encore les risques sanitaires. Ainsi, la pollution plastique n’est pas seulement un problème esthétique, mais constitue un véritable danger pour la santé publique.

Impacts sanitaires directs

Les conséquences de l’insalubrité urbaine sont multiples et graves. Les déchets non collectés provoquent infections gastro-intestinales, troubles respiratoires, affections cutanées et réactions oculaires. Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2023), les foyers de maladies liées à l’insalubrité affectent principalement les enfants et les populations vulnérables. À Vridi Akobrate, en juin 2025, un foyer de choléra a entraîné plusieurs cas et décès, démontrant le lien direct entre déchets mal gérés et santé publique.  Par ailleurs, l’insalubrité accentue les inégalités sociales : les populations les plus pauvres, souvent dépourvues d’accès à des alternatives hygiéniques, subissent les conséquences sanitaires et économiques de cette situation.

Initiatives gouvernementales et programmes nationaux

L’État ivoirien a multiplié les efforts pour répondre à ce défi. Tout d’abord, la Politique Nationale de Gestion des Déchets Solides (PNGDS, 2021) a fixé un cadre légal et technique pour la collecte, le traitement et le recyclage des déchets, incluant l’implication des communes et des opérateurs privés. Ensuite, le Programme National d’Assainissement Urbain (PNAU, 2022) a ciblé Abidjan et d’autres grandes villes pour améliorer le curage des caniveaux, l’évacuation des déchets et la gestion des points de collecte. De plus, certaines communes comme Treichville, Yopougon et Cocody ont mis en place des brigades municipales de salubrité, chargées de surveiller les décharges sauvages, d’intervenir rapidement et de sensibiliser les habitants. La loi 2019-682 sur l’environnement et la salubrité publique permet également d’imposer des sanctions aux individus ou entreprises responsables d’infractions environnementales, renforçant la réglementation sur la gestion des déchets. En parallèle, 33 centres de santé ont été équipés pour améliorer la collecte des déchets médicaux, ce qui permet d’éviter la contamination par des déchets infectieux. Des campagnes de sensibilisation sont également menées pour encourager les habitants à adopter des gestes d’hygiène et de propreté, particulièrement avant la saison des pluies. Néanmoins, malgré ces initiatives, la situation reste critique, car le volume de déchets produits excède largement la capacité de traitement existante.

Le rôle stratégique de l’ONG Mouchoir Blanc

Face à ces défis, l’ONG Mouchoir Blanc entend jouer un rôle déterminant. D’une part, elle prévoit la création de brigades communautaires de surveillance et de signalement, capables d’identifier les zones critiques et de produire des bulletins fiables sur l’état des déchets et de l’eau. D’autre part, l’ONG développe des actions de sensibilisation et de nettoyage, impliquant écoles, marchés et quartiers, afin de réduire l’exposition des populations aux risques sanitaires. En parallèle, Mouchoir Blanc promeut des alternatives durables, telles que le recyclage, le compostage et le soutien aux métiers verts, pour réduire la dépendance à des pratiques insalubres et améliorer durablement la santé publique. Cette approche combinant surveillance, sensibilisation et solutions durables permet non seulement de protéger la santé des populations, mais également d’instaurer une culture de propreté et de prévention sanitaire à long terme.

Conclusion

En définitive, l’insalubrité urbaine en Côte d’Ivoire constitue un problème multidimensionnel, affectant la santé publique, l’économie et le bien-être des populations. Selon l’UNEP (2023), la combinaison d’une urbanisation rapide et d’une mauvaise gestion des déchets crée un environnement propice aux maladies et à l’insécurité sanitaire. Si les interventions gouvernementales sont nécessaires, elles doivent être complétées par la mobilisation citoyenne et l’engagement d’ONG comme Mouchoir Blanc. Ainsi, seule une coordination efficace entre institutions, citoyens et société civile permettra de transformer les villes ivoiriennes en environnements sains, sécurisés et résilients face aux risques liés aux déchets et à l’insalubrité.

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