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Pollution des cours d’eau en Côte d’Ivoire : l’orpaillage clandestin, une urgence environnementale nationale

Depuis plusieurs années, la Côte d’Ivoire est confrontée à une dégradation alarmante de ses cours d’eau. Cette situation découle en grande partie de l’essor de l’orpaillage clandestin, devenu l’une des menaces environnementales les plus préoccupantes du pays. Selon le ministre des Eaux et Forêts, environ 80 % de la pollution des bassins ivoiriens est directement liée à l’exploitation illégale de l’or, mettant en danger la quasi-totalité des douze bassins hydrologiques nationaux et entraînant la disparition progressive des écosystèmes aquatiques.

Une activité destructrice pour l’environnement

L’orpaillage illégal repose sur des méthodes rapides et peu coûteuses, utilisant mercure et cyanure pour extraire l’or. Ces substances chimiques sont extrêmement toxiques et contaminent durablement sols et rivières. Selon la Banque mondiale, elles peuvent persister dans l’environnement pendant plusieurs décennies, s’accumuler dans les poissons et menacer la santé des populations locales. La contamination hydrique provoque des troubles neurologiques, des pathologies rénales et hépatiques ainsi que des anomalies de reproduction, en particulier chez les enfants. Les impacts physiques sur les cours d’eau sont tout aussi préoccupants. Les exploitants creusent les lits des rivières, arrachent la végétation et fragilisent les berges, accélérant l’érosion et augmentant la turbidité. Dans certaines zones de Séguéla, Bouaflé ou Kani, les autorités évoquent désormais des « cours d’eau biologiquement morts », où la biodiversité aquatique a pratiquement disparu. La stagnation favorise également la prolifération de moustiques, accentuant le risque de paludisme et d’autres maladies hydriques.

Impacts sur l’eau potable et la santé

La pollution des rivières affecte directement l’accès à l’eau potable. En juillet 2024, la Société de Distribution d’Eau de la Côte d’Ivoire (SODECI) signalait que près de 400000 habitants dans les localités de Yamoussoukro, Toumodi, Djékanou, Dimbokro et Bocanda subissaient des perturbations dans l’approvisionnement en eau potable. Les eaux fortement chargées en sédiments et contaminants chimiques compliquent le traitement et augmentent le coût de purification, réduisant l’accès à une eau salubre pour les populations. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP) a également mis en évidence que l’orpaillage artisanal est l’un des principaux vecteurs d’intoxication au mercure en Afrique de l’Ouest, entraînant des effets sanitaires graves et durables.

Conséquences économiques et sociales

L’orpaillage clandestin entraîne des pertes économiques considérables. Lors d’une rencontre de sensibilisation avec les populations de Toumodi en novembre 2025, le directeur régional des Mines et de la Géologie a indiqué que 142 tonnes d’or échappent chaque année au contrôle de l’État, générant un manque à gagner fiscal de près de 744 milliards de francs CFA par an. Lorsque l’on prend en compte les circuits informels, l’évasion fiscale et les profits des réseaux clandestins, les pertes économiques totales pourraient dépasser 3 000 milliards de francs CFA par an, selon les rapports spécialisés et les médias nationaux. Les zones rurales, confrontées au chômage et au manque d’opportunités économiques, deviennent des foyers de recrutement pour les opérateurs illégaux. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP), l’orpaillage artisanal est devenu l’un des premiers vecteurs d’intoxication communautaire au mercure en Afrique de l’Ouest (UNEP, communiqué 2024). De ce fait, il alimente à la fois la pauvreté, l’illégalité, la dégradation sanitaire et les conflits fonciers.

Mesures institutionnelles et partenariats

Pour limiter les impacts de l’orpaillage illégal, l’État a déployé des brigades spécialisées pour neutraliser les sites illégaux, saisir le matériel et procéder à des arrestations. Parallèlement, la Côte d’Ivoire bénéficie désormais d’un financement de 17 millions USD, mobilisé au titre de la lutte contre le mercure, afin de promouvoir des technologies propres, de financer la formation d’exploitants et de renforcer la conformité environnementale.          

En juillet 2025, un partenariat stratégique a été signé entre le gouvernement ivoirien, la Banque mondiale et le World Gold Council afin de formaliser l’exploitation, renforcer la traçabilité et limiter la criminalité économique. Malgré ces initiatives, les résultats restent partiels, en raison d’un contrôle insuffisant, d’un manque de données actualisées sur la qualité de l’eau et de la vulnérabilité socio-économique des populations locales.

Le rôle stratégique de l’ONG MOUCHOIR BLANC

Face à ce défi, Mouchoir Blanc souhaite jouer un rôle complémentaire et structurant. L’ONG développe une approche intégrée combinant surveillance environnementale, production de données scientifiques et mobilisation sociale. Elle prévoit la création de brigades communautaires de veille et de systèmes de signalement accessibles au public, accompagnés de campagnes de documentation visuelle des zones dégradées. Ces informations permettront de produire des bulletins hydrologiques fiables et de sensibiliser les médias et les autorités locales.         

Parallèlement, Mouchoir Blanc s’engage dans des alternatives économiques et écologiques pour réduire la dépendance à l’or illégal : formation agricole, micro-crédits verts, insertion professionnelle des jeunes et accompagnement des initiatives féminines. Ces mesures visent à stabiliser les territoires et à protéger durablement les cours d’eau.  L’ONG développe également un plaidoyer environnemental actif, mobilisant les réseaux sociaux, sensibilisant l’opinion publique et valorisant les Journées internationales liées à l’eau, aux sols, à la biodiversité et au climat. Cette approche cumulative permet de transformer la question de la pollution des cours d’eau en priorité civique.         

Conclusion

La pollution des cours d’eau par l’orpaillage clandestin constitue un défi majeur pour la Côte d’Ivoire, avec des conséquences environnementales, sanitaires et économiques profondes. Si les mesures institutionnelles sont indispensables, elles restent insuffisantes sans la participation active des communautés et de la société civile. Grâce à ses initiatives de surveillance, de sensibilisation et de promotion d’alternatives durables, Mouchoir Blanc contribue à la préservation des ressources hydriques et à la protection de la santé des populations. La sauvegarde des cours d’eau devient ainsi une responsabilité collective et stratégique pour l’avenir du pays.                                                                                                                          

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